Au plus bas niveau, ces systèmes s’appuient sur des mécanismes de découverte (pour avoir une connaissance minimale des autres pairs) et des mécanismes de routage de requêtes (pour définir l’espace de recherche). Trois grandes classes de systèmes P2P ont émergé : non-structuré, hiérarchique et structuré. Dans les systèmes non-structurés (comme Gnutella) chaque nœud est complètement autonome et la propagation des requêtes se fait par inondation. Les mécanismes sont simples mais posent des problèmes de performances importants. Pour pallier cela, les systèmes hiérarchiques (comme les super-peers) remettent en cause le principe d’égalité des nœuds pour les gérer en groupes. Dans chaque groupe, un nœud considéré puissant et à bonne bande passante, sera serveur pour les nœuds du groupe. Il représentera le groupe pour s’interconnecter en mode P2P avec les serveurs des autres groupes. Ces systèmes offrent un bon compromis entre l’efficacité du client-serveur et le passage à l’échelle du P2P.
Les systèmes structurés recherchent à la fois l’efficacité et la garantie de recherche. Pour cela ils organisent l’espace des nœuds ainsi que la répartition des ressources sur les nœuds selon une structure de données efficace. Par exemple, des arbres de recherche comme dans P-Grid ou un anneau pour Chord. La gestion s’appuie souvent sur l’utilisation d’une table de hachage distribuée (Distributed Hash Tables ou DHT). Le prix à payer des approches structurées est la perte d’autonomie des nœuds tant en matière de stockage que de routage car c’est l’infrastructure de DHT qui décide.
L’infrastructure sous-jacente des systèmes P2P commence maintenant à être bien connue et les travaux de recherche aujourd’hui donnent une place importante aux couches de plus haut niveau. Ce numéro thématique s’intéresse aux travaux intégrant les problématiques systèmes d’informations au sens large dans un contexte P2P. La technologie des bases de données peut apporter beaucoup aux systèmes P2P actuels qui sont très pauvres en fonctionnalités de gestion d’informations : langages de requêtes simples, pas de schémas, peu de support des mises à jour, … Les systèmes P2P peuvent aussi apporter aux bases de données en matière de gestion de la distribution à grande échelle ou de solutions de médiation sans schéma global. Les systèmes de recherche d’informations peuvent trouver dans le P2P un moyen de passer à l’échelle sans infrastructure complexe de type Google. Les systèmes d’échange de fichiers sur Internet peuvent bénéficier des modèles avancés de recherche d’informations (modèle vectoriel, LSI, modèle logique). Cependant ces modèles doivent être adaptés au contexte très décentralisé du P2P. La recherche d’informations peut également être utilisée pour améliorer les fonctions de routage dans les systèmes P2P non structurés en guidant la propagation des requêtes vers les « bons » nœuds. Les outils de fouille de données peuvent contribuer aussi au routage en apprenant les « bons routages » à partir des résolutions de requêtes passées. Les problèmes de sécurité et plus généralement de confiance sont également prépondérants dans un contexte P2P et beaucoup de recherches doivent être faites pour permettre une gestion distribuée des mécanismes proposés dans un cadre centralisé. L’émergence d’outils de développement comme le framework JXTA va également faciliter le développement de nouvelles applications dans des domaines variés (éducation, coopératif, …) et le besoin de méthodologie de conception va apparaître.
Thierry Delot, Université de Valenciennes et LAMIH
Anne Doucet, Université Paris VI et LIP6
Stéphane Gançarski, Université Paris VI et LIP6
Abdelkader Hameurlain, Université Paul Sabatier, Toulouse et IRIT
Cyril Labbé, Université Joseph Fourier, Grenoble et LIG
Philippe Lamarre, Université de Nantes et LINA
Thérèse Libourel, Université Montpellier II et LIRMM
Ioana Manolescu, INRIA Futurs
Josiane Mothe, Institut Universitaire de Formation des Maîtres Midi-Pyrénées et IRIT
Jean-Marc Pierson, Université Paul Sabatier, Toulouse et IRIT
Marie-Christine Rousset, Université Joseph Fourier Grenoble / INRIA Gemo
Patrick Valduriez, INRIA Nantes
Laurent Yeh, Université de Versailles et PRISM
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